#METOO Quand être une femme devient un non sens

 

metoo harcèlement sexuel au travail

 

Aujourd’hui, je voulais vous présenter Vanessa. Vanessa est une femme incroyable et vous allez comprendre pourquoi. J’en suis encore toute retournée. Depuis la vague de bon sens qui envahit les médias, autrement dit la libération de la parole des femmes harcelées sexuellement, je ne cesse de me poser des questions.  Des anecdotes? J’en ai des tonnes… comme vous toutes j’imagine. Triste banalité.

Quand Vanessa est venue me parler sur Instagram, après une story ou je parlais du film que France 2 a diffusé au moins d’octobre au sujet du harcèlement sexuel au travail, j’ai sentie en cette nana une force indescriptible. Et en même temps, une blessure encore à vif.

Pour voir le film en replay: « Harcelée »

Alors, pour que cette parole continue à être sur le devant de la scène, que ce hashtag #metoo prenne encore plus de sens, Vanessa a décidé de vous raconter son histoire…

 

 » 13 ans. Je rentre à pied du collège avec ma petite soeur de 11 ans. Un homme en voiture s’est arrêté nous demander l’heure . Il se masturbait.

Agression

Depuis , que du banal/banalisé.. hé t’as un joli cul. J’aime bien tes seins. T’as de beaux yeux. Tu me donnes ton numéro ? Les sifflements ou claquements de doigts .

Et puis il y a 4 ans, changement de service au sein de ma boite . Je pars du secteur commercial ( 80% de femmes ), pour le secteur de la maintenance aéronautique. 110 personnes dans le service. 2 femmes ( ma jeune chef-cadre ingénieur sortant d’une grande ecole, et moi).

Je suis accueillie le premier jour par le grand chef . Il me fait visiter l’atelier et me présente à chacun . Sont tous souriants et très accueillants. On termine par un grand bureau avec un Type devant son bureau . Le téléphone du chef sonne et il me laisse seule avec ce type. Je lui sers la main et me présente . Je vois son écran. Il regarde un porno. Sur grand écran. Et a mis pause. Sur une pose. En très gros plan. J’ai rougi , n’ai rien dit, et je suis sortie. J’ai de suite été voir le grand chef pour lui raconter. Pas de suite.

Agression 

Pendant deux ans , il n’y a pas un seul jour où ma tenue n’a pas été commentée. Compliments et taquineries. Ma coiffure mon maquillage mes chaussures.. tout. Chaque jour. Sachant que c’était déjà pas ultra féminin car il fallait porter des chaussures de sécurité. Donc je changeais de chaussures en arrivant et ne portais que des pantalons .

Et puis est venu le reste. Très rapidement. Les voir faire des messes basses mais à haute voix pour être en face de moi ,pour le café de l’après déjeuner et mater mes seins. Avoir ma clé perso pour aller aux wc dédiés aux femmes mais traverser avant d’y arriver et entendre systématiquement si je voulais être accompagnée . Me demander si je voulais m’inscrire à partouze.com Voir des gestes obscènes en se marrant lorsque par mégarde je me retrouvais à déjeuner à la cantine en tête à tête avec l’un d’eux. Étant célibataire, me demandant si j’avais besoin de quelqu’un ou si je savais me débrouiller seule. Au lit.  Me dire que je suis une Milf ( je rappelle que cela est Mother I like to Fuck ). Les entendre dire qu’ils aimeraient me téter. Première fois que j’en parle de cet abject terme/mot ?

Ou me demander si un tel y a eu droit. Prendre son plateau repas au self et aller s’asseoir à une table en ayant l’impression d’être au beau milieu d’une prison, entourée de mecs qui n’auraient pas vu de femmes depuis des lustres. Sentir toutes les têtes se relever et les regards malsains. Je visualisais une prison parce qu’il n’y avait que des hommes . Et en bleu de travail. Parce que je pense que j’aurai peut-être été plus respectée en allant visiter des prisonniers ..

J’ai 4 frères, 1 père des oncles des cousins. Je ne vis pas dans le monde Barbie sans Ken . Je ne suis ni prude ni frigide. Je suis arrivée dans ce Monde d’hommes enthousiaste et motivée .

Au départ , j’ai ri. Bêtement. J’ai rougi. J’ai rembarré. Très gentiment . En souriant. Toujours. Même en remerciant parfois.

Et puis au fur et à mesure , j’ai eu peur. De me retrouver seule. D’être coincée. Que l’on me suive. Et puis j’ai évité les pauses clopes. J’ai fait des détours. J’ai arrêté de me maquiller . De me coiffer. De me démêler les cheveux. J’ai porté des foulards et des gilets même en été. Plus de bijoux ni de vernis.

Alors , tout ça coïncidait avec un grand changement de vie intime. Séparation avec le père de mes enfants, déménagement etc.

J’ai fait une dépression. J’ai été hospitalisée pour me soigner. C’était il y a presque 3 ans.

Et je ne retournerai pas travailler là bas.

Jusqu’à ce reportage vu la semaine dernière, je n’avais pas du tout pris conscience de ce qui m’était arrivé et Comme cela m’avait abîmée. En plus du reste.

Voilà. J’ai vécu ça.

Le harcèlement sexuel au travail pendant deux ans quotidiennement.

Et je pense que des anecdotes reviendront quand j’aurai terminé d’écrire ..

Me too »

 

MERCI Vanessa d’avoir eu la force de partager avec nous ton histoire. MERCI a vous d’avoir pris le temps de la lire. Je lui transmettrai tous vos commentaires.

La solidarité féminine est la clé contre ce fléau, contre cette injustice et cette torture psychologique imposée à certaines d’entre nous.

Ne diabolisons pas les hommes, la question n’est pas là. Mais arrêtons de rire machinalement aux blagues sexistes quotidiennes par exemple (du genre « femme au volant, mort au tournant » que j’ai encore entendu l’autre jour, reprise par une petite fille…). Et éduquons nos petits garçons.

N’oublions pas non plus que ce qui ne nous touche pas nous peut se révéler être un désastre chez une autre femme.

Notre liberté en tant que femme a environ 50 ans… C’est quand même bien peu. N’oublions jamais qu’il y a quelques décennies, nous devions demander l’autorisation pour TOUT à notre mari, il était impossible d’avoir un compte en banque à son nom et porter un pantalon était scandaleux…

Plus que jamais, GIRL & MOTHER POWER

Je vous embrasse,

Sylvie

 

 

 

 

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1 Comment

  • Merci pour votre courage ! J’ai de la chance de ne jamais avoir été harcelée au travail … et je donne tout mon soutien aux femmes qui osent parler ! Ne restons plus silencieuse …et ces personnes là n’auront plus la possibilité d’agir ainsi ! Merci aux hommes qui nous respectent …. et nous mères de garçons avons encore du pain sur la planche ! Merci encore … j’espère que vous allez mieux ! Toutes mes pensées vous soutiennent ….

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